METHODOLOGIE

METHODOLOGIE : Bienvenue

Par LYDIA COESSENS, publié le dimanche 27 septembre 2015 11:33 - Mis à jour le dimanche 27 septembre 2015 11:41

DE LA PRÉPARATION A L'EXPLICATION DE TEXTE

Lire le texte afin de :

· Révéler la structure dynamique du texte en étudiant la forme grammaticale, la ponctuation, les connecteurs logiques, le sens des termes et des moments essentiels de la réflexion.
· A partir de cette analyse détaillée, dégager : le thème, la thèse ou idée générale, le problème philosophique, la difficulté d’ordre rationnel à laquelle le texte veut apporter une solution.

La connaissance de l’œuvre et de l’auteur peuvent se révéler importantes mais il s’agit alors de parvenir à un équilibre entre savoir et lecture ouverte (sans être prisonnier des connaissances, sans délaisser la spécificité du texte à étudier)

Texte d’appui :

L’art ne donne plus cette satisfaction des besoins spirituels, que des peuples et des temps révolus cherchaient et ne trouvaient qu’en eux. Les beaux jours de l’art grec comme l’âge d’or de la fin du Moyen Age sont passés. La culture réflexive de notre époque nous contraint, tant dans le domaine de la volonté que dans celui du jugement, à nous en tenir à des vues universelles d’après lesquelles nous réglons tout ce qui est particulier : formes universelles, lois, devoirs, droits, maximes sont les déterminations fondamentales qui commandent tout. Or le goût artistique comme la production artistique exigent plutôt quelque chose de vivant, dans lequel l’universel ne figure pas sous forme de loi et de maxime, mais confonde son action avec celle du sentiment et de l’impression, de la même façon que l’imagination fait une place à l’universel et au rationnel, en les unissant à une apparence sensible et concrète. Voilà pourquoi notre époque n’est en général pas propice à l’art. [...]

Dans ces circonstances l’art, ou du moins sa destination suprême, est pour nous quelque chose du passé. De ce fait, il a perdu pour nous sa vérité et sa vie ; il est relégué dans notre représentation, loin d’affirmer sa nécessité effective et de s’assurer une place de choix, comme il faisait jadis. Ce que suscite en nous une œuvre artistique de nos jours, mis à part un plaisir immédiat, c’est un jugement, étant donné que nous soumettons à un examen critique son fond, sa forme et leur convenance ou disconvenance réciproque.

Hegel, Esthétique.

Structure grammaticale :
· Division en paragraphes soit deux parties offrant chacune une cohérence, même si elles sont en liaison l’une avec l’autre.
· Division des paragraphes en phrases ; importance particulière des phrases qui contiennent un mot ou une expression indiquant une relation (donc, par conséquent, etc.). Deux phrases dans le texte jouent un rôle particulier. Dans le premier paragraphe : « Or [...] concrète » et « Voilà pourquoi [...] art ». Dans le deuxième : « Dans des circonstances [...] passé » et « Ce que suscite [...] réciproque »
· Utiliser l’outil de la signification : celle des phrases ou celles des mots : là est le sens.

Structure du texte et sens
On parvient au sens en recherchant des ruptures dans l’expression de la pensée, ruptures moins apparentes que celles manifestées par les outils grammaticaux.
Examinez les trois premières phrases du texte : les deux premières traitent du même objet : la relation de l’art et du passé, du devenir écoulé. Par contre, la troisième (« La culture réflexive de notre époque... ») nous parle des temps modernes(ceux de Hegel, début du XIXe siècle). Le me^me type de raisonnement nous conduit à identifier la troisième phrase du deuxième paragraphe comme formant un mouvement spécifique.

C’est l’examen détaillé du sens des mots, des phrases qui va nous conduire à la structure dynamique du texte, à la description de la marche de la pensée vers le but de la démonstration.

PREMIER MOMENT

1er §
Quatre mouvements :
· « L’art [...] sont passés ».
· « La culture [...] commandent tout ».
· « Or le goût [...] concrète ».
· « Voilà [...] propice à l’art ».

DEUXIEME MOMENT

2e §
Trois mouvements :
· « Dans ces circonstances [...] passé ».
· « De ce fait (..] jadis ».
· « Ce que [...] réciproque ».

Il ne suffit pas d’avoir des structures et éléments premiers. Il faut qu’ils s’organisent en un mouvement général, qu’ils s’enchaînent dynamiquement avec rigueur.

Repérage et analyse des termes clefs

Le repérage des concepts fondamentaux sera central pour accéder à la structure dynamique : souligner systématiquement les termes qui vous paraissent importants (variable selon les textes, les auteurs : des philosophes comme Kant, Hegel sont en général très denses en termes techniques ; ceux de Bergson, au contraire, évitent ces termes spécialisés, ce qui ne rend d’ailleurs pas l’explication plus simple...)
Écrivez les définitions de ces termes.

Art. La recherche du beau, la manifestation de l’idée dans une forme sensible, l’accord du sensible et du spirituel. « Le sensible est élevé dans l’art à l’état de pure apparence, par opposition à la réalité immédiate des objets naturels. L’œuvre artistique tient ainsi le milieu entre le sensible immédiat et la pensée pure « (Hegel, Esthétique).

Besoin spirituel. Ici, état de tension interne, essentiel à l’homme, s’appliquant à l’esprit, considéré dans son mouvement dynamique.

Culture réflexive. Ici, formation de l’esprit, envisagée comme prise de conscience des opérations de la pensée (sous l’angle du retour sur lui-même de cet esprit).
Volonté. Il s’agit de la disposition réfléchie à agir, distincte de la particularité des penchants ou désirs.
Jugement. Ici, faculté d’énoncer des relations, des rapports entre deux idées.

Universel. Ce qui est commun en droit à tous les esprits (s’oppose à particulier) ; ce qui est valable pour tous.

Forme universelle. Configuration où l’on énonce le principe d’universalité(valable pour tous) sans se référer au contenu proprement dit.

Loi. Commandement présentant un caractère obligatoire.
Devoir. Obligation éthique et catégorique.

Droit. Ce qui est exigé, ce qui est légitime et doit être.

Maxime. Principe subjectif d’après lequel les individus règlent leur conduite.

Goût artistique. Faculté de juger le beau.

Production artistique. Le fait de donner naissance à un ensemble organisé de signes et de matériaux manifestant le beau.

Sentiment. Ici, type de connaissance intuitif, correspondant à ce que nous percevons par les sens.

Impression. Phénomène psychologique immédiat produit par un objet extérieur.

Imagination. Faculté d’élaborer des représentations ou images sensibles.

Passé. Ce qui a été, ce qui n’est plus.

Vérité. Ce qui fait qu’une chose s’impose à notre esprit, de telle sorte que nous devions lui donner notre assentiment.

Vie. Ici, le dynamisme d’une réalité, son mouvement.
Représentation. Acte par lequel l’esprit se rend présents ses objets.

Nécessité effective. Ce qui s’impose en soi-même sans pouvoir être mis entre parenthèses.

Ce repérage des termes clés et ces définitions vous permettront de résoudre deux problèmes :

· ils vont permettre d’affermir la recherche de la structure dynamique du texte, et, par suite, de l’idée générale et du problème.
· Lors de la rédaction du commentaire, c’est à partir d’elles que va s’organiser l’implicite du texte, un des buts essentiels de l’étude ordonnée.

Enchaînement des idées
Le texte soumis à l’étude représente une argumentation, aussi faut-il trouver en lui les éléments essentiels d’une argumentation, à savoir :
· Ce que l’on veut démontrer (pouvant être énoncé au début ou à la fin du texte, parfois en ces deux endroits)
· Un point de départ
· Une succession logique d’arguments.
Le premier mouvement du texte de Hegel contient une première phrase, simple affirmation, suivie d’une deuxième qui n’en est que l’illustration. On peut poser comme hypothèse que cette première phrase forme le point de départ et peut-être l’objet de l’argumentation. Dans ce cas le deuxième mouvement serait la première proposition de l’argumentation (plausible puisque le troisième mouvement débute par « Or »)

CE QU’IL FAUT DÉMONTRER

L’art ne satisfait plus (aujourd’hui) nos besoins spirituels

Première prémisse : en effet, notre culture réflexive nous pousse vers des formes universelles.
Deuxième prémisse : Or, goût et production artistiques font appel au sentiment et à l’impression particuliers et subjectifs (en même temps qu’à l’universel)
Conclusion : Donc notre époque n’est pas propice à l’art.

CONSÉQUENCE DU PARAGRAPHE PRÉCÉDENT :
Dans ces circonstances, l’art est du passé.
Conséquence : De ce fait, il est sans vie ni vérité : il est du domaine de la représentation.
Conséquence et conclusion : Par conséquent, l’œuvre artistique ne suscite plus qu’un jugement consécutif à un examen critique.

Structure dynamique du texte

PREMIER MOMENT DE LA PENSÉE

Premier mouvement
« L’art ne donne [...] propice à l’art », notre époque ne se prête pas à l’art.
 : « L’art [...] sont passés » : énoncé de la proposition à démontrer : l’art ne nous satisfait plus.

Deuxième mouvement : « La culture [...] propice à l’art » : démonstration ou argumentation fondée en raison.

Première proposition : « La culture [...] commandent tout » : prédominance des vues universelles dans notre culture.

Deuxième proposition : « Or le goût [...] concrète » : l’art, unité de l’universel et de l’apparence concrète.
Conclusion : « Voilà [..] propice à l’art » : notre époque ne se prête pas à l’art.

SECOND MOMENT DE LA PENSÉE

« Dans ces circonstances [...]passé » : l’art s’efface au profit d’un jugement critique sur l’œuvre artistique.

Premier mouvement : « Dans ces circonstances [...]passé » : Dans ces circonstances, l’art est du passé.

Deuxième mouvement : « De ce fait[...] jadis » : l’art est ainsi sans vie ni vérité.

Troisième mouvement
 : « Ce que[...]réciproque » : conclusion : l’œuvre artistique ne suscite plus qu’un jugement consécutif à un examen critique, une philosophie de l’art.

Reste à appréhender l’idée et la thèse que Hegel a voulu nous transmettre, ainsi que le problème philosophique soulevé .
Parti d’une analyse de son époque, Hegel en vient progressivement à l’idée que les temps modernes sont propices à l’esthétique, à la réflexion philosophique sur l’art.

Comment atteindre l’idée générale et le problème ?

En éliminant l’accessoire, en réalisant un court résumé (deux à trois lignes), on dégage l’idée fondamentale qui correspond (presque toujours) à la thèse de l’auteur. Ici, nous obtenons :
L’art est, aujourd’hui, quelque chose du passé ; l’œuvre artistique ne relève plus, de nos jours, que du jugement et d’un examen critique.

Nous pouvons alors utiliser certaines définitions, de manière à obtenir l’idée directrice :
· L’art, accord du sensible et du spirituel, expression sensible de l’idée, s’est effacé de nos jours au profit du jugement sur l’œuvre artistique, c’est-à-dire, de l’esthétique ou de la philosophie de l’art.
· Telle est l ‘idée générale de ce texte. Hegel n’a pas écrit le mot esthétique. C’est donc par votre connaissance de la philosophie en général, et celle de Hegel en particulier, que vous pouvez vous diriger plus facilement vers l’implicite du texte.

Nous sommes ainsi passés, dans notre exemple, du thème de l’art (évident), à la thèse de la disparition de l’art au profit de la philosophie de l’art (ou esthétique), à savoir ce qui est affirmé par Hegel.

Problème philosophique soulevé par le texte :

· Qu’est-ce que l’art ? Faut-il accepter la définition de Hegel ? L’art est-il bien un accord du sensible et du spirituel ?
· Qu’est-ce que la réflexion philosophique sur l’art ?
Qu’en est-il, réellement, de la pérennité de l’art par rapport à la culture d’une société ? L’art, moment limité ou dimension nécessaire de la culture ?
Il est clair, ici, que la dernière question, qui interroge la thèse de Hegel, constitue le problème soulevé par le philosophe, problème auquel il apporte une tentative de solution : à notre époque, dans notre culture réflexive, la réflexion philosophique sur l’art remplace l’art. Cependant, d’autres questions peuvent constituer également des problèmes. Par exemple, nous nous sommes interrogés sur la nature de l’art qui représente un problème philosophique important, mais Hegel ne lui apporte pas ici de solution.

L’intérêt philosophique du texte

 :

Impossible d’accéder à cet intérêt philosophique du texte, à l’originalité de la thèse défendue par l’auteur, si l’enjeu des lignes n’est pas dégagé. Quels sont les gains ou les risques liés à la thèse ? Qu’est-ce que cette position enveloppe ? Dans quelles conséquences suis-je engagé à partir du problème et de la thèse ? Ici, ce qui est mis en jeu, ce sont la valeur et la pérennité d’une activité (l’art) exprimant la condition humaine. Je suis engagé par la thèse. C’est cet engagement personnel qui se manifeste dans l’enjeu.
C’est dans le problème et la solution apportée, et en particulier dans leur rapport à l’histoire des idées, à l’évolution de la pensée, au devenir historique, voire à votre réflexion personnelle, etc., que réside l’intérêt philosophique du texte.
Dans le cas présent :
· A partir de ce qui est mis en jeu dans les lignes : le sens de l’art par rapport à la condition humaine : le risque de « perdre » une dimension fondamentale de notre existence, laquelle peut être remise en question par les notions de « décadence », de « dégénérescence » de « dissolution » de l’art au début du XIXè siècle.
· Donc, à partir de la question de la pérennité de l’art.
· Puis en nous référant aux arguments de Hegel :
-  Le temps de la philosophie de l’art est venu.
-  L’art, comme réflexion philosophique sur l’art, est lié à une culture, et forme une unité vivante avec elle.

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DE LA PRÉPARATION A LA RÉDACTION

Présentation :

· Soyez lisibles : politesse de l’élève à l’égard du correcteur, submergé de copies.
· Utilisez tous les signes de ponctuation : point, virgule, deux points, parenthèses, etc.
· Soulignez les titres d’œuvres
· Evitez toute familiarité déplaisante avec le texte ou l’auteur, un ton dédaigneux, trop ironique, etc. Même si le texte vous surprend, ce type d’approche doit être mis à distance.
· Ne négligez jamais les transitions, brèves phrases servant de liaison entre les parties.

Manifestation visible de la structure :
· Vous pouvez l’annoncer chaque fois que vous entamez le commentaire d’un moment important
· Vous pouvez numéroter les moments et mouvements essentiels de façon à les rendre apparents.

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L’INTRODUCTION

 

Elle énonce l’idée fondamentale du texte, la thèse de l’auteur. Elle dégage donc l’idée directrice qui organise le texte.
· Elle exprime également le problème : attention ! n’apportez pas une réponse au problème dans l’introduction.
· Elle annonce le plan de l’argumentation, les moments et mouvements du texte, l’organisation logique des lignes. Vous pouvez énoncer la totalité de la structure si elle est simple ou seulement les moments principaux.
· Attachez-vous aux enjeux du texte, à ce qu’il met en jeu, à la charge essentielle qui est sienne. Il faut que l’introduction les énonce : qu’elle exprime brièvement ce qu’est la portée du texte, ce qu’il nous apporte en gains de pensée (ou bien en pertes), quel engagement il implique. Il s‘agit d ‘évaluer la thèse à l’aune du gain théorique ou pratique.

L’ÉTUDE ORDONNÉE

· Analysez bien les termes importants destinés à dévoiler tout l’implicite du texte. C’est ici que le patient travail de définition des termes essentiels va jouer son rôle entier. En vous accrochant systématiquement à ces définitions au fur et à mesure que se déroulera le commentaire, vous posséderez à la fois un guide solide et la certitude de rester rigoureusement fixés au texte.
· Explorez le texte dans l’ordre où se présentent les moments et mouvements essentiels. L’ordre des raisons, qui est celui de l’auteur, est souvent le bon ordre logique.

A partir des définitions, allez au sens des phrases et expressions ; n’oubliez pas, chaque fois que c’est possible, de les replacer dans le contexte des théories et idées du philosophe, ainsi que dans celui de l’époque (bien que ceci ne soit pas obligatoire)
· N’écartez pas l’analyse des exemples fournis par le philosophe. Ils ne sont pas moins dignes d’intérêt que les développements conceptuels.
· Allez méthodiquement jusqu’à la fin du texte, car l’ensemble forme un tout et vous ne devez pas procéder en amputant les lignes proposées à la réflexion.
· Enfin se pose le problème de savoir si vous analysez ou non d’un même mouvement le texte et son intérêt philosophique. Vous êtes libres d’expliquer le texte et de montrer en même temps qu’il donne à réfléchir et apporte des notions nouvelles ou bien d’analyser et, ensuite, de mettre en valeur l’intérêt des lignes.

Intérêt philosophique :

Réintégrez au sein de votre développement le problème philosophique essentiel, ainsi que les questions philosophiques associées à ce problème. Montrez que ces problèmes et questions véhiculent des enjeux féconds constituant l’intérêt philosophique du texte. Soulignez la portée des lignes proposées. Le chemin adopté par l’auteur n’est pas sans conséquences : à vous d’éclairer ces points.
Un texte philosophique est toujours une boîte à outils pour comprendre le réel, y compris notre époque contemporaine. Souligner l’intérêt philosophique des lignes, c’est montrer en quoi elles forment des dispositifs et des fils conducteurs pour accéder à la complexité du réel, c’est montrer en quoi elles nous donnent à penser.

LA CONCLUSION

Répondez nettement aux questions apportant une solution au problème fondamental. Dégagez clairement la nature de la solution fournie en ce qui concerne le problème principal.

LES DIMENSIONS DE L'EXPLICATION DE TEXTE

L’importance de la longueur du devoir dépend de la dimension du texte, mais, essentiellement de la difficulté et du nombre de termes et expressions à explique. Visez une longueur de six à dix pages. Une vingtaine de lignes pour l’introduction ; une brève conclusion.

 

 

A partir de : Jacqueline Russ, La dissertation et le commentaire de texte philosophiques, Armand Colin, 1998.

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